Facebook publie un nouveau statut sur les télés américaines

Suite à l’avis d’Olivier ici même, j’ai voulu également apporter mon analyse du spot Facebook. Pour être franc, je trouve que l’exercice n’était pas simple et que ce n’est pas forcément le brief que j’aurais aimé avoir ! Parler de Facebook, c’est parler d’un objet que 1 milliard de personnes utilisent et dont un milliard de personnes ont une image différente. Ça donne du fil à retordre.

 

Pour être le plus clair possible, j’aimerai dissocier 3 aspects de la campagne :

Les objectifs de Facebook
La créa, notamment autour de l’analogie avec la chaise
La réception du message par les utilisateurs 

“Facebook, en quête de statut”

Tout commence dans la problématique ou plutôt, les objectifs de Facebook. Pourquoi prendre la parole à l’occasion de son milliard d’utilisateurs ?

En tant qu’emblème de l’ère social media, la plateforme se doit de ne pas être éternellement une Start Up. L’entrée en bourse et son fiasco médiatique ayant du mal à crédibiliser le réseau en tant qu’acteur économique, Facebook doit gagner en stature et en crédibilité.

Faire une publicité TV aux US tient du symbole. Pas de recherche de recrutement ici, puisque le recrutement organique s’opèrent très bien dans les pays émergents.
Cette publicité, c’est un signe de maturité, de puissance. Google, dans le passé, a suivit le même chemin.
Parlons en de Google d’ailleurs. Les deux acteurs américains se livrent une vraie bataille de position. Social et search, intimement liés, sont les deux ADN profonds dont chacune des deux entités se partagent une expertise. Pourtant, la globalisation des services (et des habitudes utilisateurs) au sein d’un même écosystème (Google OU Facebook) les amène à se livrer une véritable guerre tactique.

Google a déjà posé les jalons : ses services servent vos histoires. La signature, « The web is that you make of it » est d’ailleurs signifiante (et brillante). Google ne fait que proposer des outils. C’est votre talent (ainsi que la parfaite combinaison des services entre eux) qui permet de magnifier vos initiatives.
Facebook avait déjà pris ce type d’écriture sous l’angle « des outils à votre service », que l’on retrouve également constamment chez Apple :

 

Facebook Pages Timeline from molek on Vimeo.

 

Mais nous étions dans un lancement exclusivement digital des Pages en timeline. Cette prise de parole TV se devait d’être plus statutaire et donc plus distinctive de Google. Voilà pourquoi Facebook a souhaité prendre une autre voie. Google met à disposition des outils pour ré inventer le monde ? Et bien Facebook ne propose pas des outils mais une plateforme. Et la plateforme, c’est (littéralement) le support où se passent les choses.  Il a y intrinsèquement l’idée d’être une « base », donc d’être incontournable et omniprésent. La nuance se situe ici…

“La chaise comme analogie du support”

J’ai trouvé l’allégorie de la chaise particulièrement intéressante. Mais mal utilisée. Pour moi, la force de la chaise était de permettre de symboliser deux choses particulièrement importante.

- Facebook est comme un Bic. Un « objet » utile à TOUS, universel, simple, pratique et incontournable qui a (intrinsèquement) toujours existé (avant de s’assoir sur une chaise on pouvait le faire sur un rocher. Avant d’être sur Facebook, on pouvait être sur MSN ou s’envoyer des textos, des mails etc…)

- Facebook est un support. La chaise supporte votre corps. Facebook supporte vos relations sociales. Contrairement à Olivier, je ne pense pas que Facebook se voit comme créateur de lien social, là où Google se voit en créateur d’histoire. Facebook est l’endroit. Si je devais pousser l’image plus loin, je dirais que Facebook est la « cité ». On y vient, on y discute. Le lieu permet, mais ne crée pas. La nuance se comprend mieux en se disant ainsi :
Je réalise des choses AVEC Google. 
Je réalise des choses SUR Facebook. 
 

Là où je vais rejoindre Olivier dans sa critique, c’est toute la limite de ce postulat. Si Facebook n’est qu’un lieu, aussi puissant soit-il, il s’expose au changement. Il s’expose à l’érosion de sa popularité ou de son utilité.
De plus, Wieden + Kennedy, en poussant la comparaison à de nombreux autres objets/sujets, contribue à diluer la métaphore.
Facebook devient “comme tout” et donc personne… Finalement, on se dit que cette prise de parole manque de parti pris, de vision. Elle semble tourné vers le passé, plus que vers l’avenir. On pourrait presque y voir une prise de parole de Microsoft, comme un ancien géant tentant de crier sa suprématie à un monde qui ne l’écoute plus….

“Vous, nous et moi”

Parlons enfin des principaux concernés, les oubliés de mon analyse, ceux qui sont, comme nous, récepteurs.

Je ne peux parler pour des centaines millions d’américains et encore moins pour 1 milliard de personnes. Mais d’un point de vue purement utilisateur, ce spot ne m’a pas déplu. Je trouve qu’il souffre de la comparaison à Google. Je trouve qu’il souffre d’une certaine posture prétentieuse par des métaphores trop nombreuses et généralistes. Mais je pense aussi, que la simplicité du message et l’ancrage créatifs dans des représentations universelles en fait un spot fort, marquant. Et c’est peut-être son principal atout. Je le regarde et je me dis :

« Ouais c’est vrai après tout. Facebook est comme cette chaise. J’y passe du temps, beaucoup de temps. Et pour y faire toutes sortes de choses : blagues, partage d’infos, discussions, anniversaires etc… »
Cette publicité me parait assez représentative du réseau social finalement…

Si je devais résumer ma pensée en une phrase, je dirais que cette publicité est une bonne pub du présent, de constat, mais qu’elle ne joue pas son rôle pour une entreprise de l’envergure de Facebook : construire l’identité de son avenir.

À bon entendeur ;)