Abus de langage

L’anecdote m’a fait sourire. Nonchalamment vautré assis sur mon canapé devant la magnifique l’éprouvante émission d’investigation de D8 "Au cœur de l’enquête", j’ai ri devant cette éternelle scène que l’on retrouve constamment lors de reportages sur la police.

“Le langage”

Vous le connaissez. Ce moment où le flic, quel que soit son grade, se met à analyser et expliquer. Ce moment un peu irréaliste où l’on retrouve plusieurs fois dans une même phrase les mêmes mots, censés structurer et professionnaliser le discours du représentant de la loi.

« Nous avons une forte suspicion sur l’individu masculin que l’on a vu tout à l’heure et qui s’est montré très suspicieux. On suspecte fortement le suspect d’être actuellement mêlé à un trafic de stupéfiant qui sévit sur Nancy. »

C’est drôle. Et c’est loin d’être le pire que j’ai entendu. Ça nous fait rire. À chaque fois. Ces tics de langage, cet espèce d’effort irréel pour paraître « expert » est caustique. Mais on ne peut pas mettre en cause uniquement un manque de maitrise de la langue française ou un manque de vocabulaire.
Il y a là une volonté inconsciente (ou non) de valoriser son discours, d’emprunter des termes techniques / professionnels afin de valider, d’apporter caution à ce qui est dit.

Alors oui, c’est drôle. Et puis on pense à son propre langage. En fait, on pense à son langage en milieu professionnel. Si les mots, l’expression orale et écrite en disent long sur nous, une brève comparaison entre la police et la publicité ne serait pas forcément glorieuse pour un secteur censé plus ou moins maitriser ce type de codes de communication. 
 

“Dans la publicité”

Ce n’est pas exagérer de dire que dans la publicité nous ne sommes pas en reste de néologismes et autres termes spécifiques ou techniques. S’il ne s’agit pas de remettre en cause qu’un chat s’appelle un chat et que l’on appelle un brief un brief comme on appelle une perquisition une perquisition, on peut tout de même se moquer (et réfléchir) de notre propre utilisation des mots.

Je ne pense pas à l’utilisation entre nous, entre collègues et amis du même milieu, mais bien aux mots que l’on emploi avec nos clients, en présentation ou sur des recommandations.

Notre tendance constante à utiliser à outrance des termes à la dimension vague et à l’aspect technique est lourde de signification. Cette mauvaise manie semble avoir des causes et des objectifs plus ou moins évidents.
Par habitude évidemment. Par tic de langage aussi. Mais (plus ou moins consciemment) également par volonté d’enrober notre discours d’une crédibilité d’expert.
Maitriser le langage est malheureusement souvent associer à l’idée fausse de maitriser la connaissance.

L’utilisation à outrance de termes techniques permet d’instaurer une distance. Une distance entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Le langage publicitaire n’est ni plus ni moins que la blouse de l’expert Colgate dans les publicités que l’on sert au consommateur.  Il valide. Il crédibilise. C’est de la sémiologie pure.

On événementialise, on crée du storytelling, on engage, on viralise un contenu, on crée du ROI, de la valeur qualitative et quantitative, on anime des communautés, on converse (si si), on fait du crowdsourcing et du earnmedia, on crée des externalités positives avec des influencers (non ??? si ?), on récolte des insights et on curate (mouais).

“On fait pleins de choses, mais une chose justement, c’est quoi ?”

 

D’un seul coup, le mot devient sens. L’écrire semble devenir le comprendre, pire le mettre en action.
Intrinsèquement, utiliser un terme spécifique témoignent d’une certaine connaissance de la communication. Alors ces mots font bien sur une recommandation, ou dans un brainstorming.
« On a potassé notre sujet, on sait ce qu’il faut faire ».

Mais réfléchit-on assez au sens premier, au sens profond de ces mots ? Que veut dire engagement ? Pourquoi depuis l’ère social, il semble plus important que la fidélité ?? Qu’est ce qu’un influencer ? Comment mesure-t-on la création de valeur ? Un insight est-il simplement un verbatim ?

Utiliser le langage publicitaire n’est pas en comprendre son sens, encore moins en appliquer la juste utilité. Je pense que l’on a tous à réfléchir à notre propre utilisation des mots. Nous avons tous à gagner à mieux appréhender la signification des termes et ce qu’ils impliquent sur nos stratégies de moyens et nos objectifs. La forme ne fait pas le fond.

Et cela me fait enchainer sur un dernier point.
Je pense que ce besoin, parfois inconscient, d’avoir recours trop souvent à des termes dit « techniques » est aussi imputable à la difficulté des relations entre agences et annonceurs.

Déterminer l’expertise, la juste compréhension des enjeux et la bonne réponse à une problématique me semble être un exercice compliqué que les responsables des marques ne maitrisent pas toujours. Et pour ne pas les aider, nous entretenons (de manière assez perverse) ce système en agrémentant un peu plus nos discours de mots dont nous perdons (nous même) le sens réel.

Simplifier et diversifier son discours, le rendre plus compréhensible et surtout plus juste est de notre ressort.
Juger la qualité d’une analyse non pas sur l’emballage (utilisation de termes techniques) mais sur l’intelligibilité et la précision de celle-ci est du ressort des annonceurs. Des efforts dans ces deux domaines favoriseraient probablement la qualité des travaux. 

Ce n’est qu’une opinion…


Pour aller plus loin : Words I hate de Martin Weigel

Cannes Lions 2012. Shift_

Peut-on faire de 2 exemples une statistique ?
Évidemment non, mais les 4 grand prix qu’ont récolté les campagnes pour Chipotle (Film et Brand Content) et American Express (Direct et Promo & Activation) indiquent l’avènement certain d’un mouvement déjà préfiguré à Cannes l’année dernières avec Chrysler (mais plus ancien que ça).

J’ai appelé cet article Shift, en référence à la signature bien connu de Nissan, censée symboliser la capacité de mouvement, de changement de la marque. La tendance identifiée par ce Shift, on pourrait la nommer également communication transformative ou, plus loin (et plus justement) que ça, l’ère du societing.


On ne va pas faire dans l’intellectualisme de comptoir. J’entends ici par societing la capacité ou plutôt la volonté des marques à devenir politique. Ne pas y voir un rattachement quelconque aux partis politiques, mais bien à la sphère sociétale d’une nation. 

En clair, les entreprises s’engagent socialement parlant et deviennent ainsi des acteurs politiques, dans le sens où elles participent à la structure de la société (lien social, services et relationnel supérieurs au lien transactionnel). J’insiste un peu, car il faut bien comprendre qu’on ne parle pas ici de politique en parlant d’État.


Alors, le societing est-il LA tendance de ces Cannes Lions 2012 ?
Évidemment non. Cela reste même une partie encore infime de l’ensemble des primés.
Pour autant, la consécration de Chipotle là où tout le monde voyait L’ours de Canal+ ou Les 3 petits cochons du Guardian gagner, est un petit événement pour ce spot pas tellement révolutionnaire d’un point de vue créatif…

C’est même peut-être la vraie surprise. Finalement, les doubles grand prix que sont Back to the start et Shop Small, ne sont pas de très belles réussites créatives (bien que soignées) mais de profondes réussites stratégiques. (Ce n’est pas pour faire mousser les planners, car je pense que de tels changements sont imputables à la totalité des intervenants et non cantonnés à quelques personnes…)

Alors, quel est ce shift profond que ces marques opèrent ?
Permettez moi d’abord de ne rien inventer et de citer le président du Jury film, à Cannes :

"Factory farming is such a big issue everywhere in the world. For a fast food company to do this will, we hope, change the industry, change the world." [Khai Meng Tham]

Des propos nuancés, mais les faits sont là : “Not every piece of film needs a social message in it. It is just such a perfect little circle of an ad.” [Khai Meng Tham]

Je n’ai pas grand chose à dire de plus sur Back to the start. C’est pour moi la consécration de ce que n’avait pas su faire Chrysler (pourtant plus créatif) l’année passée face à Nike. Chipotle, avec son (innocente) simplicité a su faire oublier les monstres de créations que sont Canal+, le Guardian ou Direct TV.
En clair, Chipotle comme Chrysler ont su créer un territoire sociétal unique sur des marchés réputés pour leur très mauvaise image et leur impact négatif sur la société. Un renversement des mentalités tellement profond que la notion de societing prend ici tout son sens…

Je voudrais alors évoquer un peu l’initiative Shop Small d’American Express. Est ce encore de la communication ? Je ne sais pas. Est-ce l’agence à l’origine de l’idée ? Ou est-elle simplement le bras armée ? Après tout peu importe. L’idée, selon moi, fait date.

En ces temps de crise, les sociétés financières sont l’objet de toutes les critiques. Si les banques et les sociétés spéculatives se sont retrouvées sous les feux des projecteurs, les entreprises de cartes de crédit n’ont pas connu le même destin. Car les critiques de ce secteur ne datent pas d’aujourd’hui…

C’est une vraie leçon que nous offre American Express. D’abord, car elle fait une opération que l’on pourrait presque qualifier d’utilité publique. La brand utility parait un terme bien mince vu l’ampleur de la campagne. Et le societing, ici aussi, prend tout son sens.

J’applaudis presque tout dans cette campagne.
- La capacité de la marque, d’abord, à s’effacer face à son opération, afin de ne pas cannibaliser son image et sa crédibilité à des fins transactionnelles…
- L’ancrage phénoménale de la campagne dans la culture américaine (Small business saturday : journée devenue nationale, implication du président, des médias etc..).
- La capacité à mêler à la perfection les trois dimensions du SOLOMO (social, local, mobile), une tendance particulièrement pertinente pour les petits commerçants et très bien exécutée ici.
- La simplicité de la mise en œuvre de la campagne avec des outils ordinaires, accessibles, utiles et populaires pour promouvoir des PME dont la principale force est… la proximité !
- L’expression parfaite de la promesse et de l’identité de marque d’American Express, acteur déterminant de l’économie mais qui souffre d’une image souvent confuse et “immatérielle” de la part du grand public. American Express me semble finalement être un des rares acteurs économiques à parler d’économie et à avoir compris ce que représente l’économie pour 200 millions d’américains : proximité, lien social, amis, famille etc…

Shop Small remplit ainsi ce formidable double objectif : nourrir profondément la marque (dire quelque chose sur elle) et s’intégrer dans la culture économique et social des US (pallier aux failles des structures officielles afin de développer sa propre structure sociale face au secteur public -> societing).

Dans ces deux grand prix, nous sommes dans un triptique vertueux qui mélange habillement :

- Raison d’être et mission de la marque (Identity)
- Réponse à une tendance sociétale, aux attentes des cibles concernées (insightful [terme un peu trop vague ici])
- Capacité à créer un changement structurel dans son secteur et à inculquer la vision sociétale de son industrie (societing purpose)

Des cas à suivre de près et qui, selon moi, préfigurent à terme la difficulté de plus en plus importante à enfermer la communication dans des cases et à faire la distinction entre stratégie de marque et publicité. Le travail en amont sur la marque et la confusion des genres qu’apportent le digital nous poussent à réfléchir en profondeur aux solutions que nous proposerons demain aux marques…

Vos réactions sont les bienvenues ;)

Paris, une histoire de storytelling…

Si vous avez travaillé sur des problématiques digitales avec des marques à forte valeure immatérielle ou avec une histoire riche, vous avez probablement déjà été confrontés à ce problème : l’envie d’ouvrir l’univers de marque au public.
De sortir la richesse des contenus que possède la marque, casser ses archives (au sens figuré) pour écrire son histoire sur le web. Et ainsi, donner au gens plus de clés pour comprendre la marque, son ancrage historique et social.

Les consommateurs aiment ça. Ce n’est pas un hasard si le concept store de Coca Cola pour ses 125 ans a été un succès. Des marques telles que Coca, Danone ou encore les marques de luxe, ont une histoire qui intéresse les gens. Ce sont des marques pop culturelles qui sont directement liées à notre société et ses changements.

Mais le problème est toujours le même : organiser, trier et scénariser ce contenu. Le sortir des archives et le mettre à disposition du public. Opposition du service machin qui se tire la bourre avec le service marketing qui lui même se tire la bourre avec le service comm… Quels contenus, pour quelles communautés ? Sur quelles plateformes ? À quelle fréquence ? On pinaille, pinaille et pinaille et finalement, rien ne sort. Ou si peu. (Attention, je ne dis pas que ces questions ne sont pas importantes !)

Je parle assez peu de communication institutionnelle sur 40 centimes. Et pourtant, les villes (voire les Etats) ont un problème assez similaire à ce type de marque.
Je profite donc de la récente ouverture des archives de New York pour évoquer le sujet.

Ce ne sont pas moins de 870 000 photos, vidéos, enregistrements audio etc.. qui ont été mis à disposition du public via un site internet qui recense et classe tout ce contenu sur New York.

N’est-ce pas une idée merveilleuse ? Je suis personnellement un amoureux de Paris. De son histoire, de sa vie, de sa démographie, de ses habitants (oui, enfin pas tous et pas tous les jours hein !!).
Cette ville à un patrimoine incroyable ! Sur tous les plans : historique, économique, social, “sociétale”…
Un patrimoine qui dort tranquillement dans les archives de l’Hôtel de Ville, de la BNF et des Archives Nationales.. SIC.

L’histoire de Paris intéresse la population bien au delà de sa simple première couronne. En témoigne les succès fous des livres Métronome (et Métronome illustré) et de l’émission du même nom.  Je pense également à l’exposition Les Halles qui s’est tenue à l’Hôtel de Ville.

Paris, en exploitant ses archives, aurait l’occasion de communiquer comme jamais sur sa ville. Raconter Paris, c’est créer un storytelling passionnant qui permettrait de façonner un peu mieux l’image du Paris de demain. Ce serait l’occasion de communiquer sur les chantiers futurs en racontant le passé (je pense notamment aux Halles). 

Créer une plateforme permettrait de créer une communauté de passionnés autour de l’histoire de Paris. Entretenir une conversation avec cette communauté, dialoguer, l’impliquer dans les décisions serait une façon nouvelle de créer un lien fort, direct et permanent avec les citoyens.

On ne cesse de répéter aux marques qu’il faut renouer avec l’émotion, avec leur raison d’être et d’exister. Il en est de même pour les villes. Renouer avec, non pas ses consommateurs, mais ses citoyens. Créer un lien, dépasser les clivages, le communautarisme pour parler de ce qui intéresse tout le monde : comment était façonné la ville dans laquelle je vis aujourd’hui ? Comment le sera-t-elle demain ?

 J’applaudis l’initiative de New York et encourage TRES VIVEMENT Paris à en faire de même en poussant le concept plus loin. Ne pas faire de la plateforme une simple vitrine de la ville, mais un livre interactif vivant, multi-supports (on et offline)

Ça demande des moyens, mais surtout de la volonté. Une volonté qui doit être centralisée au plus haut échelon si elle veut devenir véritable.

En attendant, on peut compter sur des initiatives citoyennes, à l’image de l’excellent blog Paris Unplugged, qui retrace au fil des jours, des événements marquants de la ville de Paris, le tout illustré par des clichés d’époque.
J’adore.

Source : @jeanallary & docnews

Thomas Jamet - Coupur Pub

Comme promis, dans ce nouvel épisode de Coupure Pub, voici l’interview de Thomas Jamet, directeur général de Newcast Vivaki et que vous pouvez suivre sur twitter sous @tomnever.

Je suis très heureux d’accueillir Thomas dans cette rubrique car il signe ici l’ouverture que j’ai souhaité dès le début de cette aventure. La communication est vaste et s’étend bien au delà de la publicité traditionnelle ! Et aujourd’hui Thomas ouvre Coupure Pub en nous parlant de Brand Content. D’autres sujets seront à venir… (je n’en dis pas plus !)

Le Brand Content, un sujet vaste qui peine parfois à être défini et délimité de manière claire et précise ! Pour y voir (peut-être) plus clair, je vous laisse donc avec une interview passionnante… Mais comme l’étaient aussi les précédentes, non ?.

Comme d’habitude, et je le rappelle encore une fois, n’hésitez pas à critiquer, conspuer, ou encourager l’initiative.
Toutes vos remarques donc, par ici : 40centimes@gmail.com
Même adresse si vous souhaitez participer !

Place à Thomas !

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Cet étrange métier qu’est le planning stratégique…

J’offre une place de cinéma pour aller voir The Human centipede 2 à ceux qui arriveront à la fin de cet article !

Effet du hasard, ou réel intérêt, le planning stratégique, obscure métier dans un secteur (la communication) tout aussi complexe, semble être au cœur des préoccupations en ce milieu d’année 2011. Propulsé au rang de chantier à l’AACC (qui a créé le bureau du planning du futur), malmené dans ses nouvelles formes digitales du coté du blog Le planneur ou avec encore plus de velléités chez Cyroul, et sujet d’un article très sérieux (mais très étrange) de Libé (à lire ici et commenté chez Cyroul à nouveau ici et du côté de Chapkattack! ici) sur les métiers inconnus, le planning attise curiosité, incompréhension et diversité d’interprétations.

Mais c’est vrai que le planning est un métier complexe à résumer. Et si Agathe, de Libé, à l’immense chance d’avoir une stagiaire à dispo pour y arriver, ça sent l’ambiguïté pour tout ceux qui n’auraient pas pensé à mettre leur dévoué(e) stagiaire à contribution. (417e par mois vaut bien une définition).

Rude question que d’expliquer clairement ce métier. À l’inverse de la création, la stratégie n’est pas facilement “palpable”. Souvent, je la définis plus ou moins comme ceci :
Le planneur, c’est celui qui doit comprendre ce qu’est le produit et qui sont les gens à qui il est destiné. En comprenant l’identité du produit (ses forces, ses faiblesses) et en comprenant les individus (leurs aspirations, leurs freins et leurs motivations) il doit trouver un concept, une idée centrale qui va exprimer au mieux le produit auprès des individus. Ce concept, c’est ensuite des créatifs qui auront la charge de le mettre en œuvre.

…. [silence]…
…. [sourire de circonstance]…
…. [silence]…

Œil inquisiteur, sourcil relevé, léger grattement du coude… Il n’a rien compris. Je prends alors l’éternel exemple d’Orangina… Et de sa pulpe que le public prenait pour du dépôt. L’application créative de secouer les hommes bouteilles exprimant concrètement l’idée stratégique de parler d’un bénéfice produit non considéré comme tel.

Clarisse Lacarrau, directrice adjointe du planning de BETC m’a donné une définition intéressante que je pense utile de vous livrer :
Le planneur, c’est celui, à l’agence, qui parle toutes les langues. La langue du client, la langue des commerciaux, celle des créas, la langue du business… Son rôle c’est de fluidifier tout ça. D’apporter de la cohérence et de l’unité. Tout cela dans le but de nourrir les créatifs. Car le planning n’existe que par la mise en œuvre créative de l’idée.
Le planneur serait alors un espèce de hub mettant en relation chaque spécificité, chaque aspiration pour arriver au meilleur “mélange”.

Là où les deux définitions se rejoignent, c’est dans le rôle primordial de la création. Le planning n’existe que par la création. Vous conviendrez tous qu’il est difficile de trouver une publicité qui brille par sa stratégie sans une bonne création. Évidemment, il existe des exemples, mais de manière générale, une bonne stratégie n’est visible que par la justesse de sa création.

Le blond, le ski et la l’art du sketch.

Si le planneur parle toutes les langues dans une agence, il est de sa responsabilité de faire entendre un peu plus la langue de l’individu. Car, en l’absence du planneur, si le commercial, le créatif ou le client restent représentés, l’individu lui… quand intervient-il ?

Jamais.

Voici, selon moi, le fondement du planning. À chaque étape, le planneur doit faire preuve d’empathie pour l’individu, se questionner perpétuellement sur les émotions et les réflexions qui vont l’agiter. Il doit pousser l’idée au combien simple mais trop souvent oubliée que l’on ne doit pas infliger ce que nous même nous n’aimerions pas voir…
Il doit être du coté de l’idée, de l’unicité d’un message que doit percevoir et COMPRENDRE l’individu. À chaque brief, il doit s’émanciper de ses préjugés pour revêtir ceux de sa cible.

L’humoriste est un excellent publicitaire : il sélectionne un insight, le met en scène de manière créative (costume, jeu d’acteur, intonation, arrangement de l’histoire…) et suscite l’émotion, l’intérêt des spectateurs. Il le questionne parfois.
Et ne me dites pas qu’il ne fait pas passer de message. Pensez un instant à Coluche, Jamel, Bedos, Guillon…
Le choix et la justesse de l’insight, sa capacité à le mettre en scène, l’histoire qu’il raconte sont autant d’outils qui permettent, au final, de véhiculer une émotion, de créer une complicité, de séduire un public aussi diverse dans la vie qu’homogène dans le partage de ce moment. Ainsi, selon notre personnalité, nous n’avons pas le même attachement aux humoristes. il en va de même pour les marques.

On ne peut pas ranger tout ceux qui réfléchissent dans le clan de ceux qui se prennent la tête.
Revenons à la vraie publicité. Au quotidien, que voit-il l’individu ? Chaque jour, nous passons devant des centaines de publicités… Les chiffres varient d’une étude à l’autre. De 150 à 3000 messages par jour… Je ne vais pas vous refaire le coup de la saturation, vous connaissez par cœur.
Par contre j’aimerai défendre l’idée que le planneur à un rôle essentiel à jouer.

Les débats récurrent disent que la communication manque de créativité… Je crois pour ma part qu’elle manque notamment d’idées.

Lorsque l’on regarde les publicités que l’on croise au quotidien, le constat est sans appel… Tristesse créative, évidemment. Mais tristesse intellectuelle aussi… La publicité de tous les jours ne véhicule pas de message, n’exprime rien et ne dit rien. Elle s’adresse à tout le monde comme elle s’adresse à personne. Pas d’insight, pas d’histoire, pas de mise en scène.
Tristesse intellectuelle car elle n’interpelle pas, ne questionne pas. Elle laisse indifférent.
Attention intellectuelle ne veut pas dire intello ou élitiste… Je suis résolument de ceux qui pensent que l’on peut parler intelligemment aux gens, sans être compliqué.
Mais je laisse le soin à Alexandre Astier de vous le démontrer.


Alexandre Astier tacle QVEMF chez Morandini par eteinstonpc

La publicité, avant d’être créative, ne devrait-elle pas avoir du sens ?
Il ne faut plus voir les marques comme un système structurel ou économique froid. Il faut les appréhender comme un individu avec son système de valeurs, son identité et ses ambitions.
Lorsqu’une marque communique elle donne des informations aux gens (de manière consciente et inconsciente) sur son univers de référence, son identité et son statut. Elle véhicule une image, des impressions auxquelles le public s’identifie ou non.
La publicité, avant d’être créative, ne devrait-elle pas avoir du sens ?
À force de clichés, à force d’uniformité, à force de supprimer la moindre aspérité, la publicité ne véhicule plus rien.

Pire, à l’instar de la politique elle n’est plus crédible. On lui reproche futilité, mensonge et manipulation. On souligne son manque d’engagement, d’idéologie pour mieux montrer qu’elle n’est qu’image et façade.

Une publicité qui ne dit rien sur l’essence de la marque n’est que réclame. Et comment avoir confiance dans une réclame… Il y a donc bien un déficit d’idée ou de message avant qu’il n’y ai un déficit de créativité !

L’art du contre exemple !
Dans ce bilan assez sombre, on peut quand même y voir de la lumière. Comme vous tous, je m’exaspère souvent devant la pauvreté des publicités que l’on croise chaque jour. Pourtant, je pense que tous les publicitaires passionnés par ce métier ont la même ambition : faire de la bonne publicité. Et c’est ce mince espoir qui nous fait aimer ce métier. L’espoir de voir une belle idée, une belle réalisation envahir vos télés, les murs du métro, de la ville et les 4ème de couv de vos magazines.

J’ai, comme presque vous tous, l’espoir d’une publicité plus créative avec plus d’idées et de bon sens. Loin de la complexité ou du mépris de l’individu, une publicité qui séduit, interpelle ou fait réfléchir les gens.
J’ai l’espoir d’un planning tourné vers l’individu et résolument convaincu qu’on peut l’intéresser. Et si j’entretiens ce (naïf ?) espoir, c’est que j’ai rencontré des publicitaires inspirants et que je vois quand même de très belles campagnes envahir notre quotidien.
Pour conclure, je voulais vous faire part d’une discussion que j’ai entendu il y a quelques jour, par hasard, à propos d’une publicité Canal +.
C’était à la sortie du métro. 4 personnes marchent dernière moi. Deux couples, trentenaires, communs.
L’un : “Oohh ! Moi la série que je veux voir c’est la nouvelle de Canal..”
L’autre : “Ahhh oui !! Platane avec Eric Judor.”
L’une : “Oui. vous avez vu la pub ?! Celle de l’amant avec Éric dans le lit”
L’un : “Elle est excellente ! Trop forte !”
La 4ème : “Tu sais que c’est une reprise d’une ancienne pub pour Canal ?”
L’autre : “Oui. Elle était géniale. Mais la nouvelle d’Éric est vraiment cool”.
La 4ème : “ha ha ha. trop fort quand il dit : de la oie ???”
L’autre (imitant Éric): “C’est pas pire que M. Placard ! ha ha ha”
L’un : “ha ha. J’ai vraiment envie de la voir !! En tout cas, Canal, ils sont vraiment fort pour créer des séries !”

Idée stratégique, qualité de la création, pertinence du message.
Tout est dit, non ?